Ces gestes qui désamorcent tout : quand le Transilien vous rend un peu moins grincheux
Photo: Internet Archive Book Images, No restrictions, via Wikimedia Commons
Il était 7 h 12, un lundi de novembre, entre Sarcelles—Saint-Brice et la gare du Nord. Vous connaissez le tableau : rame pleine, parapluie qui goutte sur votre jean, café renversé la veille sur le dossier de votre manteau. Et puis, dans la voiture du milieu, un contrôleur s'adresse à un étudiant qui fouille frénétiquement son sac : « Pas grave, tu me le montres au prochain contrôle. » Deux mots, zéro drame, et une dizaine de visages qui se détendent d'un coup.
Nous avons demandé à nos lecteurs de nous raconter leurs moments de grâce en trajet. Vous avez été nombreux — et franchement, on n'aurait jamais cru que la ligne H recèle autant de poésie du quotidien.
« Il a validé pour moi » : vos anecdotes, telles quelles
Marie-Claire, usagère de la ligne L entre Versailles et Saint-Lazare, nous écrit : « Un matin, ma carte Navigo était en négatif. L'agent au poteau de validation m'a dit de passer quand même, en souriant, avec un « bon courage ». J'ai réfléchi à ça toute la journée. »
Autre récit, ligne D cette fois : « Ma fille de quatre ans a demandé au contrôleur pourquoi le train faisait du bruit. Il s'est accroupi à sa hauteur et lui a expliqué le freinage pendant cinq minutes. Le wagon entier écoutait. »
Et ce témoignage qui résume tout : « Un monsieur a vu que je paniquais devant l'écran d'affichage, la ligne coupée. Il a sorti son téléphone, vérifié l'appli, m'a dit « viens, on prend le bus 255, je fais le chemin tous les jours ». Il m'a déposée à la bonne station. On ne s'est même pas dit nos prénoms. »
Du côté des agents : « c'est un choix, pas une chance »
On a posé la question à un chef de bord de la ligne J (qui préfère rester anonyme, la direction appréciera sans doute autant que nous) : ces gestes d'indulgence, c'est de la fatigue ou de la méthode ?
« C'est de la méthode. Un voyageur en règle générale est stressé avant même d'arriver au quai. Si on ajoute de la rigidité sur un oubli de rechargement, on fabrique un incident. J'ai vite compris que deux secondes de souplesse économisent dix minutes de tension dans la voiture. »
Un agent d'accueil en gare de Chelles—Gournay nous confie autre chose : « Les questions qu'on nous pose cent fois par jour, on finit par y répondre en pilote automatique. Mais si vous regardez la personne quand vous répondez, elle repart avec autre chose qu'une information. Elle repart avec l'impression que quelqu'un l'a aidée. »
Et vous, comment semer un peu de ça ?
Bonne nouvelle : rien de tout ça ne demande un effort héroïque. Quelques gestes testés et approuvés par la communauté :
- Laisser passer le voyageur qui hésite sur le quai au lieu de foncer vers la porte. Coût : trois secondes. Bénéfice : il ne montera pas dans votre voiture en vous bousculant.
- Annoncer la correspondance à voix haute quand vous voyez quelqu'un compter les arrêts avec inquiétude. Fonctionne aussi en regard, mais la voix rassure davantage.
- Descendre pour laisser sortir, puis remonter. Oui, ça paraît évident. Non, tout le monde ne le fait pas, sinon on n'en parlerait pas.
- Un « bonjour » au contrôleur. Les agents nous l'ont dit dix fois : c'est si rare que ça marque. Et un contrôleur de bonne humeur, c'est toute la voiture qui en profite.
La grâce, c'est contagieux (et ça se mesure presque)
Ce qui ressort de vos témoignages, c'est un mécanisme en chaîne. La voyageuse à qui on a cédé sa place fait remarquer à son fils qu'il marche sur les pieds du monde. L'homme qui a renseigné la touriste repère ensuite plus facilement celui qui cherche son quai. Une seule impulsion, plusieurs ondulations.
Bien sûr, ça ne répare pas une panne de caténaire à Gare du Nord ni un retard de quarante minutes un vendredi soir. Le Transilien reste le Transilien, et nous ne sommes pas là pour faire de la poésie de comptoir. Mais entre deux galères, il y a ces secondes-là. Et à force de les repérer, on finit par les provoquer.
La semaine prochaine, votre mission, si vous l'acceptez : être vous-même ce contrôleur de 7 h 15. On parie qu'un lecteur nous écrira pour raconter comment ça s'est passé.
Vous avez vécu un moment de grâce en trajet ? Écrivez-nous, on publie les meilleures anecdotes dans une prochaine chronique.